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Affichage des articles du septembre, 2017

Les tricycles

Cette histoire a pour thème «récompense» À maman Des années plus tard, ce dont elle se souviendra le plus facilement, c’est de l’odeur. Tout le cabanon embaumait jusqu’à l'écœurement la poussière, l’humidité et l’urine de chat. En ouvrant la porte, on soulevait de grands pans de poils, de débris du cabanon qui s’effritait avec les années et de cadavres d’insectes momifiés, datant probablement du jurassique. Des toiles d’araignées pendaient ici et là, inhabitées pour la plupart : un village fantôme d’étoiles et de mouches mortes. Dans le coin droit, caché comme si on ne se faisait pas à l’idée de s’en débarrasser pour de bon, était dissimulée une tondeuse. Mathilde n’avait jamais compris ce que faisait une machine à couper le gazon dans le cabanon, puisque la cour arrière était asphaltée à grandeur. Pourtant elle y trônait, fière et inutile, parmi les outils, les pelles, les bêches et les vieux clous. On avait pendu jadis des rideaux fleuris aux fenêtres pour faire de...

Le mythe de Nana

Cette histoire a été publiée dans XYZ, la revue de la nouvelle, dans le numéro 92, à l'hiver 2007. À ce jour, c'est la seule que j'ai publié.  Une terrible envie d'uriner lui titille la vessie cruellement et il ne peut s'empêcher de trouver ironique que l'endroit où il a décidé de se poster est celui-là même que les gens choisissent pour aller faire leurs besoins primaires. Il n'aurait que deux ou trois pas à faire et il serait exactement là où il faut être pour vider son ventre en toute intimité. Mais il ne veut pas la rater. Il ne se le pardonnerait pas. Juste être ici lui demande tant d'efforts, tant de volonté pour ne pas fuir comme un lâche, pour ne pas abandonner à la dernière seconde, car il a trop peur de son regard, de cette façon qu'elle a de le toiser comme si elle le méprisait... Mais il a tout prévu. Ça va bien se passer. Il en est certain. Au départ, il va lui sourire. Puis elle va être surprise de le trouver là, mais elle va être co...

L’Anémone

En serrant les dents, ça va passer. Il vient un moment où le corps oublie qu’il a mal, il passe à autre chose, il se tanne: c’est comme tout. Elle va endurer encore un peu la souffrance qu’elle s’inflige, qu’elle fait subir à son corps défendant et après ce sera fini. Anne pourra se relever et retourner travailler, boire un verre avec un homme beau et bon qui lui susurra des paroles douces dans le creux de l’oreille. Tu es belle, tu es incroyable, la courbe de tes seins est comme un poème…Yeah right. Plus loin d’elle, comme si la personne était dans une autre pièce, Anne entend cogner. De petit coup, toc toc toc, comme si on voulait entrer alors qu’ici tout ce qu’on fait c’est sortir. On expulse, on pousse, on tire, on crie aussi parfois : toujours des enfants mort. Anne espère que le sien l’est déjà. Au fond, elle espère qu’il ne souffre pas trop. Après tout ce n’est pas de sa faute : il n’a pas demandé à venir au monde. Il est là, il dérange et s’il avait eu le choix, il serait all...

Paparoni et l’alligator d’amazonie

                                                                                              À mon papa, chasseur d’alligator… Les débris d’un souper bien arrosés trônaient sur la table : 2 verres de vin tâchés de rouge, une corbeille où subsistait une tranche de pain séchée et 3 assiettes qui contenaient les vestiges d’un délicieux rôti de bœuf. Maude, 7 ans, rayonnait : le samedi soir elle avait ses parents pour elle toute seule. Ces derniers étaient cordonniers et travaillaient tout le temps. Quand ils revenaient de leur travail le soir la lune était déjà en pyjama. De plus, papa Noël avait laissé sous le sapin une petite sœur 2 ans plus tôt et Maude trouvait que cette dernière prenait beaucoup trop de place dans le cœur de sa maman. Mais ce soir...